Nouvelle diablerie de la part de Cheap Satanism Records: un single politique intitulé Quoi? (BHV) et expédié comme une tarte à la crème au visage du paysage politique belge actuel par The Real Brussels Sound Revolution. Les amateurs de new-beat y reconnaîtront un hommage évident à un tube belge des années 80 qui voyait l’un de nos ministres d’alors le loden déchiré, en chemise et en caleçon, perdu si pas dans le nord, plus loin que le nord. Quoi? est à la fois un hommage et une parodie à ce Qui? d’anthologie. Le thème de la chanson n’a par contre cette fois plus rien à voir avec VDB puisque c’est bien de BHV qu’il s’agit, les initiales sur toutes les lèvres de la Belgique politico-médiatique depuis 3 ans. The Real Brussels Sound Revolution ne marque pas le retour du BSR et il en est même totalement indépendant.
Joy As A Toy réunit 3 vétérans de l’impossible (Gilles Mortio, Clement Nourry et Jean Philippe De Gheest) qui assouvissent enfin complètement leurs désirs de joies et de jeux avec ce projet. Leur musique se veut exutoire et fédératrice, son but premier est de faire danser son public. Un rock hybride, foisonnant et échappant à toute linéarité qui passe sans sourciller de mélodies simples et aérées à des délires soniques proches du psychédélisme.
S’il est évident que le résultat peut laisser le public sur les rotules, complètement vidé, il n’est pas sûr qu’il fera forcément danser tout le monde. Cette ambivalence est totalement assumée par le groupe, maître des dancefloors tout aussi capable de jouer du revers et sucer l’énergie de l’auditeur. C’est même une marque déposée pour Joy As A Toy, qui s’auto-proclame pratiquer de la “tennis pop” et du “vampire rock”.
Cette dernière appellation grand-guignolesque ne pouvait bien entendu qu’attiser la convoitise de Cheap Satanism Records. De fait, les pseudo-satanistes derrière le jeune label bruxellois ne se sont pas fait prier pour pactiser avec le trio de musiciens.
Il ressort de cette union un monstre de 43 minutes intitulé Valparaiso, le nom de cette ville chilienne qui est le seul point commun dans la liste des destinations que n’ont jamais tenté les membres du groupe. Enregistré à Bruxelles en 2 jours avec des invités de luxe comme Mai Lev, Fred “Lyenn” Jaques et la virevoltante vibraphoniste belgo-berlinoise Els Vandeweyer, Valparaiso est un condensé d’excitation intense, de débauche d’énergie, de poésie et d’humour débridé. Une sorte de mélange explosif entre les Talking Heads et Robert Wyatt, saupoudré d’une bonne dose de second degré dont le ton n’est pas sans rappeler les iconoclastes américains de Deerhoof.
Au croisement de la pop électronique et des arts de la rue, Trike est un duo canadien existant depuis avril 2007. Jeunes gens fauchés guidés par une très bonne étoile, leurs débuts sont dignes d’un conte de fées moderne : repérés dans la rue par des programmateurs radio, ils finissent par remporter un important concours organisé par une grosse station indépendante et gagnent une considérable somme d’argent qui leur permet de tourner une première fois en Europe.
Le bouche-à-oreille aidant et jamais derniers sur les plans à l’arrache, Trike finit par donner 200 concerts sur le continent, alors qu’il n’y en avait au départ qu’une quinzaine de prévus. Certaines de ces dates sont teintées d’une magique incongruité, comme la fois où ils ont livré une petite performance entre les concerts de Moby et Kraftwerk, lors d’un important festival serbe.
Depuis, l’Europe reste leur terrain de jeu de prédilection et c’est donc en toute logique qu’ils ont choisi de finaliser leur nouvel album au coeur même du continent : enregistré à Aarhus au Danemark, mixé et masterisé en Belgique sous les auspices de Cheap Satanism Records. Un enregistrement placé sous le signe du bizarre, à Aarhus, dans une cave étrangement voisine d’anciennes tombes vikings. Un nombre aussi conséquent qu’inexplicable de problèmes techniques et de bruits dans la nuit ont fini par être attribués aux esprits de ces anciens marins, d’où le titre de l’album : Trike & The Vikings.
Après 3 autoproductions résolument lo-fi, cet album tranche grâce à ses sons kitsch très années 80, ses côtés pop et ses beats soutenus. Paroles et ambiances peuvent être charmantes et séduisantes comme sur Flowers with Viking Powers et My Little Pony mais aussi se faire plus sombres; abandonner la sunshine pop pour les influences plus new-wave, industrielles même; comme sur Smack Me Around et Gumball. Mushy, une composition totalement disco est quant à elle déjà assurée d’illustrer une prochaine publicité pour Tic Tac.
Le deuxième album de keiki, intitulé Waltham Holy Cross, sort ce 19 octobre sur le nouveau label Cheap Satanism Records. Ces adorateurs de démons à deux balles entendent bien transformer ce duo bruxellois de “satanic pop” en Fausts modernes. Le succès, la gloire. Les âmes déjà en poche. Nombre de boucs en stock pouvant être sacrifiés à cet effet.
Dans keiki, nous retrouvons la chanteuse semi-anglaise Dominique Van Cappellen-Waldock ainsi que le guitariste semi-italien Raphaël Rastelli. A 18 ans, Dominique rencontre Ronnie James Dio (deuxième chanteur de Black Sabbath), ce qui marque la suite de sa vie affective et musicale, en sublimant notamment son amour pour le doom-metal et les chats. Début des années 90, Raphaël sublime quant à lui ses poussées d’acné en fondant Les Jeunes, membre de La Famille, collectif-groupe-secte qui fait les belles heures de la jeunesse rebelle de Wallonie et d’ailleurs. Passant du mode majeur au mineur (“True heaviness lies in minor chords” dixit Tony Iommi – Black Sabbath), la musique de keiki croise aujourd’hui une palette d’influences où se mélangent PJ Harvey, Beastie Boys, Enon, Add N to X, Dead Kennedys et même Venom.
La recette peut paraître simple : chant assuré, riffs de guitare foudroyants, boîtes à rythmes uniquement programmées en mode “Step” et puis, surtout, les sons surnaturels du theremin, instrument aussi difficile à dompter qu’un cheval des Grandes Plaines. Simple, non. Mais direct, catchy et groovy, oui. Un monde rendu davantage tordu, étrange et drôle par des textes nous parlant de la mère d’Andy Warhol (Andy’s Candy), d’amour homosexuel entre une souris et un dragon (Rainbow Cheese), d’une ville balnéaire anglaise où la vieillesse est heureuse (Skegness), de la passion d’un boucher du Far West pour une prostituée (Lottie Johl), de cancer (Forest Fire), de dépendance maladive (Glue) ou de dissection (Vital – dont le titre est un hommage au réalisateur japonais Shinya Tsukamoto). Le titre de l’album, Waltham Holy Cross, évoque quant à lui le nom de cette petite ville perdue de la périphérie londonienne, près de laquelle Dominique passa une partie de son enfance. La pochette du CD, dont les collages étranges ont été réalisés par Gélise, rend elle aussi un hommage tout particulier à la vie des suburbs britanniques : incendies, sexe et kangourous.