Learn to play the theremin with Clara Rockmore

Today would have been the Clara Rockmore’s 105th Birthday. Clara Rockmore was a Lithuanian virtuosa performer of the theremin, this unique electronic musical instrument used by Keiki and Baby Fire

Google just put online a really nice Google Doodle which lets you play the theremin with Clara Rockmore.

Ça bim, ça boum et SABAM !

Cet article a été publié initialement dans la seconde édition du Magasine 4 (le fanzine officiel du Magasin 4).
Etant derrière un label sans but lucratif et organisant pas mal de concerts alternatifs, je pense avoir un avis plus ou moins pertinent sur la problématique posée par la gestion des droits d'auteur.  Alors quand est venu l'heure de s'arrêter sur le sommaire  du Magasine 4 #2, j'ai proposé ce sujet, la fin de la saison dernière ayant été marquée par une manifestation de taille dénonçant les abus d'une société de gestion de droits d'auteur belge, bien connue des rubriques faits divers culturels.

Merci à Baba et Anais pour la relecture et l'illustration ! 

S’il vous arrive de perdre votre temps sur Facebook, il est fort probable que vous ayez vu passer l’événement ANTI-SABAM Rave Street, il y a quelques mois.  L’événement est parvenu à attirer plus de 17.000 intentions de participer. La SABAM s’est même sentie obligée de réagir par voie officielle.

Petite parenthèse, pour ceux qui ne connaîtraient pas la SABAM, sachez que derrière cet acronyme, se cache la Société d’Auteurs Belge (Belgische Auteurs Maatschappij). Elle a pour vocation de faire payer l’utilisation d’œuvres audiovisuelles  (nous nous limiterons au domaine de la musique ici) et redistribuer (si possible) les montants collectés aux auteurs concernés.

Mais qu’a donc fait la SABAM pour s’attirer l’opprobre de 17.000 manifestants virtuels ? La réponse à cette question dépend fortement de la personne interrogée. Vous trouverez  donc ici une réponse parmi d’autres. Nous n’avons pas l’intention d’être exhaustifs.  La réalité est un poil plus  alambiquée, mais l’idée est là.

Pour faire simple, faisons une comparaison avec un exemple récent que tout le monde doit connaître. Si nos manifestants virtuels étaient grecs, la SABAM serait leur Angela Merkel.  On reproche donc à Angela Sabam sa volonté inflexible de faire payer des gens sans le sou, voire carrément exsangues, à coup de règles opaques ne profitant qu’à ceux qui n’en ont pas besoin.

L’exemple Goldman (pas Sachs)

Pour bien comprendre quel est le rôle de la SABAM, prenons un exemple. Céline Dion, l’artiste post-rock canadienne expérimentale culte, est très talentueuse. Malheureusement, Céline Dion a développé une addiction aux chaussures (plus de 3000 paires dans sa collection selon les magazines spécialisés).  Ce mal l’empêche de se consacrer pleinement à l’écriture de ses chansons. Elle a donc fait appel à Jean-Jacques Goldman, le célèbre poète anarcho-punk  français. Jean-Jacques écrit donc des chansons pour Céline pour que celle-ci ait le temps de gérer sa collection pléthorique de chaussures.  Aussi anti-système soit-il, Jean-Jacques  aime l’argent et ne veut pas travailler gratuitement. Il demande donc un salaire à Céline. Cette dernière ne veut pas trop dépenser dans l’opération (argent dépensé = chaussures en moins). Elle lui offre un petit montant et lui garantit d’être reconnu en tant qu’auteur. Autrement dit, dorénavant, chaque fois qu’un morceau de Céline sera joué quelque part dans le monde, Jean-Jacques touchera un petit quelque chose.

C’est là que la SABAM entre en scène, du moins pour la Belgique. Pour la France, il y a la SACEM. Pour l’Italie, c’est la SIAE. Bref, il existe une bande d’acronymes qui veille aux intérêts de Jean-Jacques.  Il y a des différences entre chacun d’eux, mais comme dit précédemment, nous n’avons pas la prétention d’afficher une rigueur scientifique.

En pratique, lorsqu’une radio italienne passe un morceau de Céline signé par Jean-Jacques, la SIAE réclame quelques euros à la radio, prend son pourcentage (de l'ordre de plus ou moins 25%) et envoie le reste à Jean-Jacques. Quand Céline se produit à la Villette Sonique, la SACEM passe par là. Quand un coiffeur belge passe du Céline pour appâter (ou effrayer, c’est selon) des clients, notre SABAM nationale se sert dans la caisse du coiffeur. Lorsqu’une maison de disque décide de sortir physiquement des chansons de Céline (Quelle drôle d’idée !), c’est encore la société d’auteurs concernée (géographiquement parlant) qui appliquera une petite taxe sur chaque exemplaire pressé et transmettra une partie à Jean-Jacques.   Quand une chaîne télé utilise un morceau du duo franco-canadien comme fond sonore dans un reportage, c’est encore un de ces acronymes qui veille à récolter et donner une part de la recette à Jean-Jacques.

Jusqu’ici tout va bien (et on n’a pas encore la haine)

Finalement, il n’y a pas grand-chose à redire à l’exemple ci-dessus. Nous pouvons bien entendu discuter sur la pertinence de faire payer les radios qui, dans certains cas, peuvent être vues comme une aide à la promotion, ou un magasin dont la musique passée en fond sonore n’est souvent pas l’argument de vente.

En attendant,  aurions-nous donc tort d’en vouloir tant à la SABAM ? Cela paraît légitime qu’on ne puisse pas utiliser gratuitement de la musique à des fins commerciales, non ?.

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Oui mais non...

Le gros reproche que l’on peut faire à la SABAM est  justement qu’elle se moque complètement de la finalité. Il faut payer dès qu’une musique est utilisée, et ce, que cela soit à des fins commerciales ou non.  Grosso-modo, il existe une  seule exception à cette règle  : la musique jouée dans le cadre strictement familial . Théoriquement, la SABAM  pourrait même vous demander de passer à la caisse si vous invitiez un ami à écouter de la musique.  Ce principe donne lieu à de nombreux exemples aberrants  qui sonnent parfois comme des légendes urbaines. Vous en avez déjà surement entendus. 

Prenons un exemple édifiant parmi d’autres. Il y a quelques années, la SABAM est parvenue à imposer le paiement de droits d’auteur à toute entreprise de plus de 9 employés à temps plein, et ce, peu importe que les locaux soient accessibles au public ou non.  Les entreprises dont les collaborateurs ont un véritable lien familial sont la seule exception possible. Pour couronner le tout, ce nouveau régime est aussi appliqué aux sociétés de transport. Pas grave si leurs employés sont des chauffeurs routiers, ils ont sûrement un auto-radio!

N’espérez pas non plus vous cacher derrière la notion d’usage privé. Comme écrit précédemment, tant que votre événement privé ne se limite pas à votre famille, vous êtes susceptible d’avoir la visite de la SABAM ! Cet attachement à la famille laisserait presque penser que les employés de la SABAM sont de gros bigots!

Après, si tous ces montants collectés étaient vraiment bien redistribués, on pourrait encore se dire que cela sert la beauté de l’art.  Malheureusement, on en est bien loin.  Tous les montants sont récoltés sur base forfaitaire. Ils sont ensuite repartis suivant des statistiques de diffusion. Tant pis pour le bar dont les employés ne passent que du harsh noise expérimental ou le disquaire accro au math rock serbe. C’est peu probable que les auteurs de ces musiques de niche figurent dans les statistiques utilisées pour diviser le gâteau.

Live is life

Pour finir, attardons-nous sur le cas des concerts, problématique qui concerne directement le Magasin 4.

Quiconque a déjà organisé des concerts sait que c'est une des méthodes les plus efficaces pour perdre de l'argent. Peu de spectateurs s'en rendent compte, mais il est très rare d'atteindre l'équilibre, ne parlons même pas d'un bénéfice.

Dans ce schéma- là, la SABAM est un clou de plus dans le cercueil "bilantaire" de l'organisateur. Elle se moque complètement de votre résultat. Les montants qu'elle demande seront soit proportionnels aux entrées, soit calculés sur base de la superficie de la salle. Par exemple, un organisateur à l'origine d'un événement qui a péniblement attiré 30 personnes, dans une salle pouvant en accueillir 600, verra sa facture basée sur la dimension de la salle. Sûrement pour bien faire comprendre à l'organisateur qu'il est inutile de voir trop grand...

Il est difficile de se soustraire à l’obligation de s'acquitter de droits d'auteur. Dès qu'un membre d'un groupe programmé est affilié à une société d'auteurs, il faut passer à la caisse. Ce membre a beau être le signataire des morceaux qu'il joue sur scène, la SABAM le traitera comme deux personnes différentes : l'auteur et l'interprête. Après ça, on ne s'étonnera plus du caractère schizophrène de nombre d'artistes sur la route. 

Pour couronner le tout, sans suprise avons-nous envie d'écrire, la SABAM ne tient que vaguement compte de la proportion d'artistes affiliés ou pas dans une programmation. Si vous êtes derrière un festival dont l'affiche compte 10 groupes et que seul un dans le lot est concerné par l'acquittement de droits d'auteur, la SABAM ne déduira que 2/3 du montant facturé et non 9/10. Nous vous conseillons vivement de ne pas chercher à comprendre. L'abus de SABAM peut nuire gravement à la santé!    

Il y a cependant un point positif au niveau des concerts. L'organisateur est tenu de leur communiquer les listes des morceaux joués. L'argent collecté est donc théoriquement bien redistribué. Nous avons reçu cependant de nombreux témoignages de groupes étrangers nous indiquant que c'est loin de s'effectuer  automatiquement.

Le meilleur des mondes

A ce stade de l'article, vous avez normalement compris pourquoi la SABAM est devenu l'ennemi public numéro un pour beaucoup d'amateurs de musique. 

Le gros hic  ? Cela fait des dizaines d'années que la situation perdure et que des associations se sont faites et défaites pour qu'une solution se dégage. La SABAM a rarement, voire jamais, fait preuve d'ouverture à la discussion. Ce mode de fonctionnement enrichit un paquet de personnes (les administrateurs de la SABAM en premier) et il n'est donc pas difficile de comprendre pourquoi il est si égoïstement protégé.  

On peut toujours espérer qu'une formule adaptée à un usage non-commercial  de la musique voit le jour et que les énormes sommes d'argent amassées soient redistributées équitablement.  En attendant, quelle est la meilleure stratégie à adopter ?

Certains vous diront qu'il faut être affilié pour changer la machine de l'intérieur, de façon démocratique. Il est vrai que la SABAM est une société coopérative et que les affiliés ont théoriquement les outils pour faire entendre leurs voix. D’autres, dont pas mal au de personnes au Magasin 4 et nos amis du Barlok, tendront vers l'appel au boycott intelligent de la SABAM en essayant de travailler exclusivement avec des groupes non affilés et en expliquant bien aux groupes qu'il n'est pas impératif de s'y inscrire. Nous n'allons pas davantage développer ce raisonnement ici. Cela nécessiterait un article à part entière...